Les éditeurs aux abois

Le prix du contenu éditorial des médias traditionnels est à la hausse pour les consommateurs d’information. Les éditeurs de nombreux pays commencent tout doucement à se rencontrer et à se fédérer pour mettre en place des modèles de perception liés aux droits d’auteur. Quelques pays sont à la pointe. C’est le cas de la Belgique où quelques éditeurs francophones et néerlandophones, chacun de leur côté, ont déjà mis en place la perception de droits d’utilisation primaire de l’information après la parution de leurs éditions. Les sociétés de monitoring sont depuis quelques années tenues de récolter ces droits d’utilisation primaire de l’information auprès de leurs clients, à savoir tous les destinataires susceptibles d’être intéressés par leur retombées médias et qui souhaitent qu’on leur transmette l’information de manière électronique. Nous savons pour être à la base du monitoring et des revues de presse que nous transmettons à des centaines de destinataires chaque jour que l’utilisateur final est encore fort peu sensibilisé aux droits d’auteurs. Or, dans un avenir proche, il semble que le coût de l’accès à cette information et aux services qui accompagnent sa transmission va augmenter de manière significative.
Les éditeurs sont en effet aux abois. En Angleterre, 70 journaux ont disparus depuis début 2008. Aux Etats-Unis, c’est 94 journaux qui ont cessé leurs activités sur papier ou ont tout simplement disparu. Les éditeurs ont évidemment très clairement identifié les raisons de ce déclin. Nous le savons déjà depuis un certain temps, Internet fait de l’ombre aux médias traditionnels mais les éditeurs pointent également du doigt Google. Les éditeurs de presse francophones en Belgique ont d’ailleurs assigné Google en justice. Robert Thompson du Wall street Journal:
There is a collective consciousness among content creators that they are bearing the costs and that others reaping some of the revenues. Inevitably, that profound contradiction will be a catalyst for action and the moment in nigh. There is no doubt that certains websites are best described as parasites or tech tapeworms in the intestines of the internet.
En Angleterre, en Allemagne et en Belgique, pour ne citer que ces pays très actifs dans ce domaine, les éditeurs se réunissent et s’organisent pour récolter les droits d’auteur qui leurs sont dus. Et cela ne s’arrête pas aux droits d’utilisation primaire. En Allemagne, le droit est unique mais exhorbitant par article transmis: environ 2,50 € par article pour un seul destinataire. Pour 10 destinataires, le prix d’un article transmis peut dépasser les 10 € en fonction de la publication. En Belgique, les droits d’utilisation primaire d’un article s’élèvent à un peu moins de 1 € par article lorsqu’il est transmis électroniquement. Cependant, des droits d’utilisation secondaire seront réclamés en fonction de ce que le destinataire fait avec l’article (ou sa revue de presse). S’il le diffuse sur son intranet ou le transmet à 500 collègues, la note sera sans aucun doute beaucoup plus salée. Et en Angleterre, certains éditeurs se sont récemment fédérés pour obliger l’utilisateur final à adhérer à un système d’abonnement dont le coût est exhorbitant. Un exemple: pour avoir accès électroniquement aux articles du Financial Times, le destinataire doit avant tout payer un droit d’accès par an de 2.000 €. A ce stade, l’utilisateur n’a pas encore reçu ses articles. Pour obtenir ses articles, il devra encore payer. Or, un abonnement au FT coûte environ 600 € par an.
Les éditeurs européens se parlent donc pour s’entendre sur la meilleure manière de réclamer les droits d’auteurs. Mais comment un annonceur belge pourra-t-il avoir accès aux journaux allemands ou anglais en plus de la presse belge s’il en a besoin. Devra-t-il payer différents droits selon qu’il souhaitent surveiller l’un ou l’autre pays. Une des solutions avancées ce matin par Peter Horvath, Président de la Press Database and Licensing Network et managing Director de PMG Presse-Monitor est de permettre aux représentant des éditeurs belge de prélever le même montant pour la presse étrangère que celui qu’ils prélèvent pour les journaux belges. De même, si une entreprise allemande à Berlin souhaite surveiller la presse belge, c’est l’équivalent des éditeurs belges en Allemagne qui prélèvera les droits d’auteurs mais sur base cette fois-ci des tarifs pratiqués en Allemagne.
Nous voilà prévenu, le prix du contenu de l’information va augmenter. Les éditeurs sont aux abois et, à défaut de trouver des solutions pour faire évoluer leur business model ou en attendant de les trouver et que la révolution s’opère dans le domaine de l’information, ils mettent en place un cadre légal très restrictif pour donner accès à leur production. Notre métier qui est de surveiller les médias et d’opérer un filtre selon le profil des destinataires de revues de presse qui souhaitent connaître leur impact quotidien dans les médias est donc confronté à un problème majeur: sensibiliser l’utilisateur final qui passe par nos services à haute valeur ajoutée et lui faire comprendre que le coût de l’accès à l’information va augmenter sensiblement à très court terme. Le pari est risqué du côté des éditeurs d’autant que les montants récoltés via les droits d’auteurs réclamés ne parviendront sans doute pas à compenser les pertes dues à la concurrence des nouveaux médias. En attendant, nous nous trouvons donc aussi en pleine tempête et réflexion pour défendre notre business model de monitoring et d’analyse du contenu des médias avec une double casquette: défendre l’accès à l’information pour nos clients à un prix raisonnable et sensibiliser nos clients à la réalité économique des éditeurs et à leurs exigences. Aujourd’hui, près de 60% de notre flux de production vers les clients est électronique. Nous avions totalement abandonné la production de revue de presse dont les articles originaux étaient découpés au ciseaux et envoyés aux destinataires sous forme originale. Devra-t-on y revenir pour rabaisser les coûts d’un article transmis?

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